Contrairement aux grèves précédentes, je n’ai pas ressenti le besoin de commenter au jour le jour les problèmes que j’ai pu rencontrer. D’une part parce que j’avais déjà dans l’idée d’en dresser un bilan une fois le mouvement social terminé, et d’autre part parce que je n’avais matériellement pas le temps de rédiger même quelques lignes, vous comprendrez mieux par la suite.
A présent que « la-grève-qui-n’a-servi-à-rien » (je cite Daniel Schneidermann dans son excellent billet Neuf-Quinze du 23/04/2010 intitulé « Drouelle, Massenet, et “les gens” ») est terminée, on peu peut-être en discuter un peu.
On avait dit service minimum, pas service minable !
Nous allons commencer par les conditions de voyage en période de grève. Je ne parlerai ici que de ce que j’ai vécu moi-même ou de ce qui m’a été rapporté sur le trajet Saint-Jean-de-Luz-Bordeaux.
J’étais en arrêt maladie au début de la grève et j’ai pris, vous me permettrez l’expression, le train en marche. Quelles étaient les options pour aller à Bordeaux le matin ? Et bien il y avait un bus qui partait d’Hendaye mais qui n’allait pas plus loin que Biarritz. Un autre, partait de Bayonne et arrivait à Dax à 6h55 (en théorie) pour permettre de prendre le TGV de 7h08. Autrement au départ de Saint-Jean-de-Luz, zéro moyen mis en place par la SNCF pour aller à Bordeaux malgré les abonnements contractés. J’imagine tout de même que la SNCF sait quels types d’abonnements elle a vendu ainsi que les trajets qu’ils couvrent.
Lors des mouvement sociaux précédents ou autres catastrophes naturelles il y avait toujours au moins un bus qui ralliait Hendaye à Dax voire à Bordeaux. Pourquoi la SNCF ne s’est-elle pas inspirée des organisations précédentes pour assurer le même service minimum qui nous dépannait bien ? Pourquoi les abonnés demeurant entre Hendaye et Biarritz ne pouvaient-ils aller que jusqu’à Biarritz ? Pourquoi les empêcher d’aller là où leur abonnement leur permet d’aller ?
la SNCF met en place des plans de circulation en cas de grève. Il en existe différentes versions en fonction du nombre de grévistes. J’en conclue donc que le plan de circulation de bus n’a pas été pondu à la va-vite mais réfléchi antérieurement. En clair, la SNCF préméditait déjà de ne pas assurer tous les transports ! Ce que nous avons subi, n’est donc pas le seul fait des grévistes comme on tendrait à nous le faire croire.
Reste la solution de prendre le bus à Bayonne. Ouais … A ceci près qu’aucun bus affrété par la SNCF n’assurait la liaison et qu’aucun parking n’est gratuit à ma connaissance à Bayonne. Par conséquent y aller en voiture engage des frais de péage (y aller par la nationale prends trop de temps), de carburant et donc de stationnement. Et comment être sûr d’arriver à l’heure à Dax pour prendre le TGV avec seulement 12 minutes de battement et le refus des responsables de faire attendre le TGV en cas de retard du bus ? Douze minutes sur un trajet routier c’est très facile à perdre. Le bus est d’ailleurs arrivé juste juste pendant la période où j’ai fait le trajet, j’ignore s’il est arrivé en retard. Ce que je sais c’est qu’il n’est pas parti au moins une fois, tombé en panne en sortant du dépôt.
Pour ma part, j’ai jugé que cette dernière solution relevait plus de la loterie que d’une alternative raisonnée alors j’ai covoituré avec une collègue de Saint-Jean-de-Luz à Dax pour ensuite prendre le TGV de 7h08. C’est plus onéreux comme solution mais au moins, à Dax, les 14 premières heures de stationnement sont gratuites. L’autre aspect positif c’était de pouvoir reprendre la voiture au retour et rentrer directement alors que le train qui partait de Bordeaux à 16h37 continuait vers Pau et qu’un bus de substitution prenait le relais à Dax. Dernier avantage, pouvoir dormir plus longtemps.
Dormir. Voila ce qui m’a le plus manqué pendant cette période de grève. Impossible de trouver le sommeil dans le TGV tant il était bondé et même chose le soir. Impossible de dormir au volant de la voiture, elle n’est pas dotée d’un pilote automatique. Impossible de dormir au boulot parce que je ne suis pas payé pour ça. Et difficile de faire des nuits assez longues une fois à la maison.
En résumé cette grève a été très mal gérée et on ne peut pas imputer cela aux grévistes puisque ce sont des non grévistes qui ont géré le service minimum. Je ne comprends pas pourquoi on ne reprend pas à chaque fois le même schéma de mise en œuvre de moyens de substitution. Quand ça fonctionne bien, il ne faut surtout pas y changer quoi que ce soit ! Cela dit, faire rouler des cars c’est un tout autre métier et quand on n’arrive déjà pas à faire rouler correctement des trains, on ne s’improvise pas transporteur de voyageurs par la route comme ça. On retiendra que la SNCF a été vraiment minable sur ce coup là. La région quant à elle aura été la grande absente de l’histoire s’appuyant un maximum sur le service minimum mis en place par la SNCF sans se soucier, à ce qu’on en sait, de sa pertinence et de sa bonne marche. Navrant.
Transporter n’est pas informer.
On l’aura bien compris le job de la SNCF c’est le transport de voyageurs et ce n’est pas un métier facile sinon ça se saurait et il n’y aurait pas tant de grèves. Renseigner l’usager sort manifestement du domaine de compétences de cette société. Malgré les imposants moyens informatiques et de télécommunications (même si la SNCF est en train de créer une filiale privée qui gèrera l’informatique et par ce biais tente de se débarrasser de ses salariés informaticiens) dont elle dispose, la SNCF ne sait pas renseigner le voyageur. Il est possible de trouver plusieurs informations différentes pour un même train en fonction du moyen utilisé, que ce soit Internet, le 3635, le 0800872872, les chefs de quai et les agents de guichet sans oublier bien sûr les fameuses alertes SMS. Autant tenter de trouver l’info dans l’horoscope du matin, c’est presque plus évident.
Il y a à mon sens trop d’interventions humaines dans le circuit de l’information. N’allez pas comprendre par là qu’il faudrait licencier des gens. Seulement, l’information ne devrait avoir qu’une seule source et n’alimenter qu’une seule base de données commune. Là, j’ai le sentiment qu’il existe plusieurs intervenants pour une même informations et qu’ils ne disent pas tous la même chose. Qui croire au final ? Deux exemples significatifs :
- un TGV était commercialisé au guichet jusqu’au dernier moment alors que dans la même gare on savait depuis la veille qu’il ne roulerait pas !
- tous les jours durant la grève j’ai reçu des SMS m’informant que le 16h37 au départ de Bordeaux était annulé puis un autre pour m’annoncer qu’il roulait jusqu’à Dax. Que ça arrive une fois, je veux bien mais tous les jours … ça ne choque personne.
Et la grève dans tout ça ?
J’avais déjà avancé ici même que les grévistes (je parlais de ceux d’Hendaye à l’époque) étaient de mauvais grévistes, je ne peux que réitérer mon constat. A l’image de la société qui les emploi, ils ne savent pas communiquer et comme leur employeur, souffrent d’une mauvaise image.
En 2 ou 3 semaines de mouvement je n’ai pas su le pourquoi de cette grève. Les rares tracts distribués que je n’ai pas eu l’honneur de recevoir étaient, au dire d’une voyageuse qui en a reçu un, imbittables et véhiculaient plus la doctrines générale de la CGT que les réelles motivations de la grève. Cette voyageuse m’a même confié qu’en gare de Bordeaux, le syndicat avait envoyé un petit jeune militant distribuer des tracts (périmés puisqu’ils annonçaient une grève à venir alors qu’on était en plein dedans) et il se faisait houspiller par les gens sans manifestement trop savoir quoi leur répondre. C’est pourtant là qu’il aurait fallut un ou plusieurs vieux de la vieille pour porter clairement au plus près des usagers le message des revendications. Mais voila, y avait-il seulement un message ?
Ce que j’ai perçu moi c’est qu’une fois de plus les salariés de la SNCF faisaient grève. Qu’une fois de plus ils ont empêché des salariés de se rendre à leur travail. Qu’une fois de plus rien n’est ressorti de cette grève. Alors j’ai cru comprendre qu’il s’agissait de montrer leur détermination avant les négociations prévues pour le mercredi 21 Avril, jour de la fin de la grève. J’ai plus l’impression que pour les CGTistes, il s’agissait de montrer qui avait la plus grosse. Et comme la direction n’a pas cédé montrant ainsi qu’elle en avait une encore plus grosse, la pirouette de la CGT semblait signifier en somme « Oui mais nous on pisse plus haut et on peut même écrire CGT sur les murs … ». Tout un programme …
Notez au passage que je ne suis pas contre les syndicats. J’ai été chez FO puis à la CGT pour revenir, écoeuré, chez FO.
Pourquoi, comme me l’a suggéré une amie, ne pas décider de faire seulement 1 ou 2 jours de grève mais en bloquant absolument tout et en prévenant massivement les voyageurs suffisamment longtemps à l’avance ? Faire perdre de l’argent à la SNCF au travers du manque à gagner pendant aussi longtemps est-il une bonne façon d’obtenir des augmentations ? Que font en général les sociétés qui accusent un lourd déficit ? Elles licencient. Et penser que l’état va constamment mettre la main à la poche c’est prendre une seconde fois le public en otage puisque c’est le contribuable qui paiera au final.
A coté de ça, j’ai vu comme tout le monde sur France 3 Aquitaine les salariés de la société Capdevielle à Hagetmau se faire lourder sans que l’état n’intervienne en leur faveur. Eux se battaient simplement pour garder leur job. Bien sûr ce ne sont pas les grévistes de la SNCF qui sont responsables de cela. Bien sûr, les licenciements ne doivent pas empêcher la quête du progrès social chez les autres salariés. Mais la coïncidence entre les deux évènements et le gâchis engendré par le mouvement des salariés de la SNCF suscite en moi un sentiment d’indécence.
Quand on doit assurer un service public, la dernière des choses à faire c’est de se mettre le public à dos. Je pense que si les salariés de la SNCF veulent réussir leur prochain mouvement social (on parle de remettre ça en Mai) il faut commencer par une grosse opération de communication envers le public. Jusqu’à présent, le combat a été inégal entre les représentants de la direction très probablement coachés par des experts en communication et des syndicalistes incapables de formuler un message clair et concis. Ajoutez à cela des médias instrumentalisés par les pouvoirs publics et vous obtenez un score de 1 à 0 en faveur des gentils de la direction de la SNCF contre les méchant de la CGT.
D’autre part, plutôt que de multiplier les grèves en fonction des différents corps de métier dans la SNCF, il serait peut-être temps de faire preuve de cohésion, de regrouper les revendications et de faire un mouvement court mais dur et intense. Jusqu’à présent on avait les conducteurs d’un coté, les contrôleurs de l’autre et au milieu de tout ça les autres employés et chacun faisait grève de son coté, paralysant quasiment le trafic de la même manière mais à des moments différents. Ce que le public perçoit là-dedans c’est qu’à la SNCF on fait toujours grève et on fini toujours par entendre le fameux « quand il seront privatisés ça va les changer ». Oui, ceux qui bossent dans le privé ont renoncé à toute velléité revendicative alors que dans le service public c’est rien que des fainéants de grévistes, c’est bien connu. C’est pour cela qu’il est important que les salariés de la SNCF redorent leur image et commencent à donner dans le rationnel.
Petite parenthèse à nouveau. On pourra me reprocher de prôner la cohésion à la SNCF alors que je ne fais pas grève avec les fonctionnaires, moi, agent de l’état non titulaire. Où sont ma solidarité, mon esprit de corps, ma cohésion ? A cela je répondrai que d’une part, quand je fais grève, c’est à la journée, pas à l’heure, donc à la fin la solidarité ça fini par coûter. D’autre part que quand je fais grève, je ne paralyse pas plus l’activité de mon employeur que lorsque ce sont les autres corps de métier qui font grève. Enfin, même si je privilégie les grèves en rapport avec le corps des Ouvriers des Parcs et Ateliers, il m’arrive aussi de faire grève avec les fonctionnaires pour des revendications communes. Fin de la parenthèse.
Et puisqu’on parle d’image, il y avait une opportunité unique de gagner des points dans ce match. Je parle du fameux nuage du volcan Islandais. Si les syndicats avaient organisé une mobilisation massive des salariés afin de permettre l’acheminement dans des délais très courts de tous les voyageurs de compagnies aériennes, certes la direction de la SNCF aurait tenté de récupérer l’action pour elle car elle aurait été partie prenante dans cette mobilisation, mais les syndicats auraient pu communiquer encore plus massivement par le biais des médias, des tracts, et autres moyens sur la qualité des femmes et des hommes qui font fonctionner la grande machine SNCF.
Mais tout ce que les syndicats on su faire c’est faire chier le peuple au nom de revendications que la plupart ignore y compris au rang des grévistes en cultivant cette forme d’autisme qui les caractérise tant. Et après ils s’étonnent que des agents se fassent invectiver régulièrement.
Mesdames, Messieurs les syndicalistes et grévistes, quand vous rendrez-vous donc compte qu’une grève c’est devenu avant tout une grosse opération de communication ? Les mouvements sociaux de papa c’est terminé, ça ne paie plus et ça rend très impopulaire. Vos employeurs l’ont bien compris et d’après vous, pourquoi vous laissent-ils vous enliser ? Il est temps de repenser le mouvement social que ce soit à la SNCF ou ailleurs. Il est aussi temps de repenser le syndicalisme. Camarades syndiqués il est avant tout temps de penser … par vous-même.